A l’heure où les chants d’oiseaux égaillent les premières lueurs matinales, Emeric avait entendu les grincements du portail du jardin.
Il était 5 heures 38 sur sa montre à quartz. Il s’était levé promptement, le cœur envahi de rage et de réconfort et s’était précipité sur la porte d’entrée.
Violette n’était pas là, mais alors ce bruit particulier, ce couinement, était-il une tournure de son esprit si tourmenté ?
Il n’avait même pas pris le soin de se déshabiller pour se coucher, égrenant toute la nuit les heures les unes après les autres, sans jamais trouver le sommeil un instant.Mais où donc était-elle ?
Il avait refermé la porte, abattu, déboussolé, lorsqu’il l’avait aperçue, sur la terrasse.
Sa silhouette se détachait sur un ciel d’aurore, un ciel scindé en deux, toute une symbolique dans l’esprit torturé d’Emeric.
A l’est, sur le littoral des brumes évanescentes zébraient un ciel d’azur des premiers rayons de soleil baigné, à l’ouest un plafond gris acier aussi glacial que le marbre d’une pierre tombale.
Au centre la forme fantasmagorique de Violette qui semblait fractionner l’univers en deux, deux mondes antithétiques, la lumière et l’ombre, le bien et le mal.
Elle était là, vacillante, ses chaussures à la main, sa robe pendante, ses cheveux désordonnés face à l’immensité du paysage. Bouleversante dans la démesure de son irresponsabilité, elle lui avait, dans un premier temps, inspiré bonté et indulgence, mais le pathétique de la situation l’avait soudain submergé au point que, fou de rage, un esprit revanchard l’avait soudain submergé, au point d’en avoir envie de l’étrangler.
En finir une bonne fois pour toute, la noyer et la regarder flotter au fond de la piscine comme Isabelle Adjani et son pull bleu marine.
Lorsqu’il avait ouvert la grande baie vitrée, elle s’était retournée, de l’innocence dans le regard, des trainées de rimmel au bord des yeux, les traits tirés par une trop longue nuit et sûrement trop arrosée.
L’orage allait éclater, un éclair éblouissant venait de pourfendre la voûte anthracite, et Violette, quasi inconsciemment, s’était émerveillée de ces forces naturelles, levant les bras au ciel, ses escarpins à la main, certainement complice de la nature hostile à ses débordements.
Les premières gouttes de pluie étaient tombées, étoilant la terrasse de teck de lueurs humides et chaudes.
Instinctivement, Emeric aurait du aller la chercher, la recouvrir de tendresse et de chaleur, mais l’indifférence qu’elle prêtait à son compagnon, avait soudain annihilé tout désir de protection au profit d’un désir de possession.
L’orage était à présent en lui, puissant, obsédant .Envie de la baiser, là sous la pluie, entre ciel et terre, aux premières lueurs du jour.
Aucun dialogue possible, il le savait, elle ne répondait jamais à ses questions, s’enfermait dans le mystère ou pire dans la dérision, et l’irascibilité prenait toujours le dessus, le rendant si furieux qu’il ne répondait qu’avec acrimonie jusqu’à l’humiliation fatale et sans pardon.
Espèce de garce s’était-il entendu crier, juste avant de la rejoindre alors même qu’un rideau de pluie s’abattait sur elle. Elle n’avait pas bronché, sa courte robe de lin blanc collé à sa peau, dévoilant sous l’immaculé du tissus ses mamelons frissonnants, son ventre transi, et son sexe frémissant sous les dentelles de sa lingerie.
L’espace d’un instant, il avait perçu la double image d’une jeune ingénue pure et naïve, et celle d’une rock star sous l’emprise de quelques drogues illicites. Cette double vision presque paranoïaque avait exacerbé sa légitime virilité jusqu’à son paroxysme. L’interdit de sa soudaine érection dans une telle situation, loin de se faire répréhensif, l’avait conduit d’un pas décidé presque brutal jusqu’à Violette.
Il l’avait étreinte puissamment, glissant ses mains sous ses hanches, au creux de sa cambrure chaude et humide.
Elle s’était laissé aller sous l’étreinte, comme un poids mort entre ses bras, la tête en arrière, ses longues mèches brunes et bouclées collées autour de son visage et sur ses lèvres entrouvertes gourmandes des larmes de pluies qui la désaltéraient.
Une envie de viol lui avait traversé l’esprit, une envie de possession, elle était tellement bandante ainsi offerte, comme une vulgaire catin, offerte au stupre et tout ce qu’il peut offrir de passionnel et de charnel.
A même le sol sur les lattes détrempées, il l’avait projetée sans aucune délicatesse, avait sans courtoisie, recherché la chaleur de son sexe à pleine main, à pleine bouche, assouvissant son palais d’une saveur suave et neutre à la fois, en un mélange sublime de pluie et de cyprine mêlée.
Cette même ferveur si virile et sauvage, avait accompagné chacun de ses gestes, quand il avait arraché la robe détrempée, dévoilant ses seins nus tendus gourmands, frissonnant sous les rafales de pluie qui s’abattaient sur eux. Presque viscéralement, elle avait ouvert ses cuisses quand il s’était couché sur elle, qu’il avait léché à pleine bouche toutes les larmes sur son corps, empreint de sentiments confus entre amour, lubricité et rage.
Le corps de Violette n’était plus que volupté, désir, son regard, impudeur, affront, prière, dérision, compassion, abandon, détresse et pardon.
Déchirant la dentelle dans l’urgence de ses désirs, il l’avait entendue soupirer, comme emprise d’un démoniaque désir de se faire dominer.
Dégrafant son ceinturon, les boutons de son jeans trop serré, il avait comme un vulgaire violeur, sorti sa queue, et sans douceur, sans aucun remords s’était enfoncé en elle, elle cambrant ses reins plus que de raison, balbutiant des mots incompréhensibles, gémissant, criant sans aucune pudeur.
L’inconfort de cette étreinte aussi sauvage que sensuelle, lui avait arraché quelques plaintes, compte tenu de l’allant avec lequel Emeric l’avait baisée, à grand coup de bassin entre ses cuisses meurtries par tant d’acharnement, ses reins cognant, frappant contre les lattes de bois exotique. Mais sa jouissance s’était adaptée à cette soumission, lui procurant un plaisir si puissant que quand la vague de l’orgasme l’avait engloutie, elle avait perdu connaissance et s’était effondrée entre les bras d’Emeric alors qu’il jouissait en elle.
Une fraction de seconde avait suffi pour qu’elle revienne à elle sous les trombes de pluie.
Ereintée de plaisir et de baise, de cette force virile dont Emeric venait de l’abuser, elle avait murmuré, les yeux encore fermés, les cheveux étalés,
« Je t’aime tu sais, je veux dire, je t’aime vraiment »
Il n’avait pas répondu, il la trouvait si belle dans toute l’innocence de sa maturité.
Et comme pour mieux le capturer, avec autant d’innocence, avait rajouté, son regard campé dans le sien, ses lèvres effleurant les siennes
« Tu sais je n’ai fait que danser, toute la nuit, peux tu me pardonner »
Le temps n’était plus au pardon, mais à la déraison, l’irrationalité de deux êtres irrémédiablement enchaînés quoiqu’il advienne.
© 2008 Mystérieuse












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