Un musée, pas n’importe lequel !
Le musée de l’érotisme à Pigalle, une expo « Jean Pierre Ceytaire ».
Il lui restait une petite demi-journée avant de quitter la capitale.
Le choix de son hôtel n’était pas anodin, en plein cœur de Pigalle, « Le chat noir », toute une symbolique dans ce quartier mythique de Paris.
A deux encablures de la rue Lepic, Montmartre, le Sacré Cœur, elle avait arpenté pendant un jour durant les pavés du quartier. Elle s’était baladée, le nez au vent, avait découvert des boutiques un peu particulières, une ambiance un peu particulière, avait aimé.
Son séjour parisien touchait à sa fin, plus tard en fin d’après midi, elle devait prendre son train de retour .Un séjour trop bref, avait-elle songé ,qu’elle avait l’intention de déguster jusqu’au dernier instant.
Elle pénétrait dans le musée, s’inquiétait auprès de l’accueil de la durée de la visite …
Trois quart d'heure c’est bien, lui avait répondu l’hôtesse , vous prenez l’ascenseur pour rejoindre le sous-sol, puis après la visite de cet étage, vous prenez l’ascenseur jusqu’au cinquième étage pour poursuivre la visite en descendant.
Elle prenait la direction indiquée, puis commençait sa visite, s’extasiait ici ou là devant de minuscules figurines retraçant des scènes érotiques
Une vitrine particulière attirait son attention, regorgeant de Plug ou rosebud de toutes dimensions. Munie de son i phone elle prenait une photo qu’elle comptait adresser à l’homme de ses pensées.
Elle rejoignait l’ascenseur, devant lequel attendait déjà un homme de son âge .Il la regardait, lui souriait, la saluait, puis ensemble ils prenaient l’ascenseur jusqu’au dernier étage sans plus un mot prononcer. Elle s’était sentie sondée par ce regard anonyme, qui pourtant lui paraissait, étrangement, déjà croisé ou pire connu.
Les portes les libéraient de leur promiscuité, il la laissait passer avant de lui décocher à nouveau un sourire. Le sourire non plus ne lui était pas inconnu, cette bizarre sensation de reconnaissance ne l’avait plus quittée.
L’exposition temporaire de Pierre Ceytaire occupait tout le dernier étage.
Un style particulier, qu’elle aimait. Elle arpentait lentement au milieu des toiles et des collages détaillant avec précision chaque œuvre, pour extraire la vision érotique de l’artiste.
Peu de visiteurs en vérité, surtout des étrangers, venus s’encanailler dans Pigalle.
Son compagnon d’ascenseur avait disparu, mais son regard n’avait pas quitté son esprit.
Alors qu’elle prenait du recul pour admirer une œuvre qu’elle aimait plus particulièrement, son talon butait sur ce qu’elle reconnaissait immédiatement être un pied.
Se retournant pour s’excuser, elle se retrouvait face à face avec l’inconnu de l’ascenseur !
« Excusez- moi, je suis désolée !
-Pas de mal, Dominique !
-Pardon ? Nous nous connaissons ?
-Je le crois ! Même très bien !
-Je ne vois pas…Mais votre regard me parle ! »
Il n’avait pas sourcillé, s’était laissé détailler.
Le visage de Dominique s’était soudain détendu, voire éclairé, un sourire avait illuminé ses lèvres.
« Christian ?
-Oui !
-Mon Dieu, la dernière fois que je t’ai vu c’était …j’avais à peine dix huit ans
-Je ne t’ai pas oubliée, j’ai appris ton mariage, tes enfants, je vois parfois ta sœur, elle me donne de tes nouvelles. Mais que fais-tu là ?
-Je te retourne la question
-Je t’ai suivie !
-Suivi ?
-Oui depuis la place Clichy et dans le métro avant, et avant depuis la Fnac Montparnasse ! J’ai reconnu tes yeux, nous vieillissons tous, mais seul le regard ne change pas. Tu vis sur Paris ?
-Du tout, juste de passage
-Et toi ?
-De passage, je suis venu voir Hervé, mon frère, te rappelles-tu ?
-Oui parfaitement, comment va-t-il ?
-Oh bien, marié, deux enfants…la routine quoi !
-Et toi ?
-Marié, trois enfants …même routine ! J’ai repris le cabinet de mon père, je suis pédiatre. Et toi ?
-Une relation un peu compliquée, pour les enfants tu sais par ma sœur ! »
Ils avaient poursuivi la visite ensemble, riant ou plutôt s’amusant de certaines statuettes dont la représentation phallique était sans équivoque quant à leur utilité.
Passé l’étage, plus rapidement, des gravures hindoues vantant les mérites de telles ou telles positions, ils avaient rejoint l’espace consacré aux maisons closes du Pigalle de la grande époque. Elle s’était attardée un long moment sur les photos vieillies, avait exploré chaque document relatant les dépenses ou encore les notes attribuées aux amants de passage et griffonnées au crayon sur des cahiers scolaires. Quant à Christian, il était bien loin de l’exposition, il n’avait plus d’yeux que pour elle dont il se délectait du galbe de ses jambes d’un fourreau de nylon noir érotisé.
Son impatience pouvait se lire dans son regard, une seule pensée l’inviter à déjeuner et parler du passé, ce temps où, encore jeune et inexpérimenté, il n’avait su combler ses désirs du moment, et peut être réparer ses erreurs.
Elle était toujours aussi attirante, plus séduisante car devenue femme .Il se souvenait de son caractère bien trempé malgré ses dix huit ans, atténué d’une sérénité particulière, de ses audaces peu courantes chez une fille à peine sortie de la puberté. Il se souvenait de cette nuit sous la tente , dans le grand champ qui bordait le chalet de ses grands parents et de son insistance de jeune femelle ,de son corps ondulant toute la nuit contre le sien, de ces baisers brûlants dont elle avait violé sa bouche jusqu’à l’aurore et de son refus stupide , à lui, d’aller plus loin qu’un flirt poussé.
Comment lui dire qu’il regrettait, qu’il n’y a pas de hasard, juste des rendez-vous…
« Veux-tu qu’on aille déjeuner ?
-J’allais te le proposer, je t’invite Dominique.
Lui dire, j’ai envie te toi, je n’ai pas oublié le grain de ta peau, ni l’odeur de tes désirs…
« Si tu le permets, je passe à la chambre d’hôtel, je dois boucler mes bagages
-Je te suis »
Il n’en espérait pas tant.
Dans l’ascenseur, il tentait une approche délicate du passé.
« Te rappelles-tu de nous ?
-Oui, on oublie rarement ses premiers amours
-Je t’ai cherchée
-C’était trop tard !
-Il n’est jamais trop tard »
Elle ouvrait sa chambre, la 402.Dans la chambre d’à coté un couple était en train de faire l’amour ! Une véritable torture pour Christian, qui une fois, la porte refermée, s’était rué sur Dominique pour l’embrasser.
Surprise, mais pas réfractaire, elle avait répondu par un échange, puis avait laissé les mains de Christian courir sur ses rondeurs féminines.
« Tu es sublime, j’ai envie de toi !
-Merci pour le compliment, mais sache qu’un baiser ne débouche pas forcément sur une partie de jambes en l’air, tu en es la preuve vivante, te souviens-tu ?
-Tu n’a rien perdu de ta superbe, ce caractère que j’aimais tant !
-Tu es très séduisant, toujours aussi bien bâti, quel âge avais tu déjà, vingt ans ?
-Oui et j’en ai trente de plus !
-Notre histoire se résume à des baisers, à des remords, à des regrets, à ceux que tu voudras, mais restons en là »
Elle se déshabillait, se glissait sous la douche avant de ressortir juste vêtue d’un drap de bain blanc, un vrai supplice pour Christian.
« Vois-tu Christian, nous nous sommes certainement connus trop tôt, j’étais déjà une vraie coquine, et toi certainement un jeune loup immature et par trop pudique. Après cette nuit là, tu ne m’as jamais rappelée. J’étais amoureuse de toi, comme on peut l’être à dix huit ans, déjà une femme et toi à peine adolescent. Ton attitude n’a pas changé, tu es toujours aussi peu audacieux .Je suis une passionnée, la femme d’un seul homme .Je vis une passion des plus extravagante, mais pour rien au monde, tu entends pour rien au monde, même au nom du passé, je ne me sens capable de la bafouer d’une étreinte aussi fugace que déraisonnable. Veux-tu toujours m’inviter à déjeuner ?
-Bien sûr, je suis sous le charme
-Je le vois bien, cette bosse là, ta queue ne respire plus .Allons- y »
Ils déjeunèrent au Chat noir, puis il la raccompagna à la gare en taxi.
Il caressa longtemps ses jambes, tout le long de la course, encombré de fantasmes qu’il ne pourrait jamais assouvir avec elle, de nouveaux …fantasmes plus coquins !
« Voilà les amoureux nous y sommes, lançait le chauffeur de taxi
Dominique descendait, récupérait ses bagages, embrassait longuement Christian, un long baiser d’adieu, avant de s’éloigner…Il suivait sa silhouette jusqu’à qu’elle disparaisse au milieu des voyageurs. Elle se retournait, lui envoyait un baiser du bout des doigts et des lèvres.
Lui, il remontait dans le véhicule pour un retour chez son frère !
« Ne vous n’inquiétez pas, vous la reverrez bientôt, les retrouvailles sont toujours délicieuses. Elle est amoureuse, ça se lit dans ses yeux
-Je l’espère ! Oui délicieuses » et douloureuses, avait songé Christian intérieurement. Amoureuse, oui mais d’un autre homme, lui aussi il l’avait lu dans son regard !
Douloureuse retrouvaille ! Son sexe tendu sous la toile de son pantalon en était une preuve flagrante. Il savait qu’à chaque fois qu’il songerait à cette nouvelle rencontre, une érectile réaction se produirait.
Quant à Dominique, enfoncée dans la banquette du TGV, elle savourait sa vengeance trente ans plus tard tout en songeant, c’est pourtant vrai qu’il était séduisant et attirant mais aussi en se félicitant de n’avoir pas succombé à ses primaires pulsions. En vérité, elle ne l’avait jamais oublié, mais ne lui avait jamais pardonné de ne pas lui avoir fait l’amour cette nuit là.
C’était un 13 août, elle fêtait ses 18 ans.
© 2009 Mysterieuse
EXPOSITION JEAN PIERRE CEYTAIRE

Merci pour cette visite guidé des curiosités parisiennes.
Vengeance bien tardive, il me semble. Peut etre faut il simplement en déduire qur d'une manière ou d'une autre, on ne refait pas son passé.
Rédigé par: psaganarel | 03 novembre 2009 à 22:30
A Psaganarel:Je suis un mauvais guide mais puisque vous vous y retrouvez...
Il ne faut pas vivre de souvenirs , les conserver certes, mais se tourner vers le futur, toujours
Baisers
Rédigé par: Mysterieuse | 04 novembre 2009 à 10:31
Elle a la rancune tenace ! :o)
Rédigé par: Gaspard | 04 novembre 2009 à 12:28
A Gaspard: Je crois tout simplement que sa rancune n'est qu'un pretexte, le désir n'était pas là, mais on n'oublie jamais son premier Amour!Le baiser est plutôt le gage d'une tendresse.Mais autant l'avouer , Dominique n'est pas rancunière , un peu garce sur les bords c'est tout
Mysterieuse
Rédigé par: mysterieuse | 04 novembre 2009 à 17:17