Etait-ce sa jouissance troublante, inattendue et fulgurante, après qu’il ait raccroché, elle s’était profondément endormie jusqu’à sa destination finale, Nice.
Lorsqu’elle posait le pied sur le quai, elle apercevait Charly, son ex -mari, agitant frénétiquement ses bras au dessus de sa tête .Il était resté si enfant parfois dans ses agissements, cette attitude qui l’avait séduite et faite fuir à la fois.
Elle avait pris cela, à la naissance de leur relation, comme un grain de folie, une manière attachante de détourner la vie de ses péripéties. Mais avec les années, ce rêve étourdissant d’un homme différent s’était fait lassitude, pour sombrer deux enfants, deux chiens, deux chats et trois canaris plus tard dans la monotonie d’une vie ordinaire qu’elle haïssait.
La fougue enchanteresse du début avait rapidement pris des rides qu’elle avait occultées se trahissant elle-même, derrière l’éducation de ses deux chérubins.
Sa quarantaine avait sonné comme une renaissance, la résurgence de sa féminité lui avait crié l’urgence d’abuser de son destin tout tracé. Charly la faisait rire, souvent, involontairement, tant il était pataud, tant dans ses agissements que dans ses réflexions ponctuées d’un manque de diplomatie évident qui ne manquait pas de l’amuser à chacune de ses bévues en société. Elle ne l’aimait plus que de tendresse, comme une mère à ses enfants et ce n’est pas leurs quelques rares parties de jambes en l’air qui auraient pu remédier à la réminiscence de cet amour désir qui les avait unis. La logique fut, que Lou prit un amant, durant des mois durant, pour tromper son ennui, sans amour, sans passion, sans véritable jouissance aussi, gourmande qu’elle était dans sa féminité sans pouvoir la combler réellement. Son plaisir était ailleurs, dans le jeu de la séduction, ce pouvoir presque inné qu’elle avait sur les hommes. Mais son net penchant pour les hommes intellectuellement brillants ne lui laissait que peu d’envergure car trop rares et déjà séduits. Le temps avait passé, elle s’était enfermée dans la solitude complaisante de ses nouvelles érotiques dans lesquelles elle épinglait ici ou là quelques unes de ses rencontres illicites.
Le temps de rejoindre Charly, elle avait songé en désordre, à tout ceci ,qui avait fatalement abouti sur la séparation d’avec son mari, sans heurt, sans reproche …tout en promesse de ne jamais se fâcher quoiqu’il advienne !
Charly ne manquait jamais une occasion de se rapprocher de Lou, ce retour de Paris en était une occasion exceptionnelle ! Il lui donnait un baiser sur les lèvres, il ne s’était jamais résolu à l’embrasser sur la joue !
«Tu es très belle. Alors comment cela s’est-il passé ? »
Elle avait répondu en haussant les sourcils, une manière très significative de lui traduire son incompréhension !
« Lou, ton rendez-vous avec la journaliste !
«-Ah oui, bien, bien, mais rien de plus, rien de moins !
-Je t’ai connu plus bavarde. Je te trouve étrange, je te connais par cœur tu sais, serais-tu amoureuse ?
-Amoureuse, je ne sais pas, je ne crois pas …mais …j’ai rencontré un homme à Paris !
-Ok, ok, tu n’es pas obligé de m’en parler !
-Tant mieux, tu n’en sauras pas plus, allons dîner veux-tu ?
-Je t’invite ! »
Après le repas, il l’avait raccompagnée chez elle, anciennement chez eux.
Légèrement ivre, elle l’avait convié à boire un dernier verre, puis un autre par crainte de la solitude .Charly sous le charme de son ex compagne n’avait pas résisté bien longtemps aux éclats de rire de Lou, à ses longues jambes se croisant et se décroisant, à son attitude enjôleuse dont il était si friand malgré leur séparation.
Naturellement, cette nuit là, ils avaient l’amour. Il l’avait savourée jusqu’au petit matin, elle l’avait dégusté avec le même plaisir .Ces deux là étaient faits pour être amants, la vie commune les avait éloignés plutôt que de les rapprocher. A chaque fois que le destin entre eux s’immiscer, qu’intervenait un nouvel aléa dans leur vie esseulée, ils glissaient inexorablement dans les bras l’un de l’autre, se dévoraient des yeux avant que de s’enflammer, d’incendier leurs baisers de brûlures orgasmiques et de se réfugier, leurs corps entremêlés dans le grand lit douillet qui résonnaient encore de leurs soupirs passés.
Ivre de plaisir, éreintée des caprices du charnel, Lou avait eu beaucoup de mal, aux premières lueurs de l’aurore, à trouver le sommeil, alors que Charly avait déjà sombré.
Elle savait que c’était la dernière fois, l’ultime étreinte. Elle songeait à Benoit …Benoit l’avait troublée bien plus que n’importe lequel de ses amants !
Elle se remémore cette dernière nuit entre les bras de son ex- mari, comme une meurtrissure…
Depuis deux ans ont passé, ils ne se parlent plus ou si peu, et Benoit coupable mais pas responsable d’une rupture non annoncée lui demande à présent de l’aimer au grand jour.
« Je ne crois pas me rappeler la dernière fois que j’ai dit je t’aime à un homme. C’était il y a si longtemps .Si je te dis je t’aime vas-tu changer toi aussi »
Il ne répond pas. Il n’a jamais répondu à aucune de ses questions !

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