« Je suis marié, c’est vrai, je ne te l’ai pas caché, et je pense que cela ne représente pas une barrière à notre relation…
-Relation ? Qui te parle de relation ….montons dans la chambre …je n’aime pas me donner en spectacle …enfin, du moins quand je règle mes comptes !
-Tes contes …tes belles nouvelles, je veux en faire partie ! »
Ils avaient quitté le sous sol, emprunté l’ascenseur pour rejoindre le cinquième étage.
Sitôt les portes fermées, sous l’emprise d’une pulsion, ou de la crainte d’une pénitence finale, Benoit avait plaqué Lou contre la paroi de la cage d’ascenseur, avait glissé ses mains chaudes sous le chandail usé, et torturé les tétons déjà excités par le tissus de laine .Lou s’était faite rebelle, elle l’avait repoussé pour ne pas retomber entre ses bras trop vite.
Elle n’avait pas voulu s’avouer que cette intrusion plus brutale sous la tiédeur de son pull de laine lui avait procuré quelques émotions plus perverses. Elle avait décelé en son amant de passage, un homme bien plus lubrique qu’il n’y paraissait.
Non tant par ses caresses volées mais plus par son avidité à vouloir la soustraire au raisonnable de ses résolutions, il l’avait interpellée, comme un amant peu ordinaire.
Elle avait joué les rebelles, une fois que dans la chambre ils avaient pénétré .Elle s’était encore refusée à lui, il l’avait malmenée, elle s’était débattue, il avait adoré la tigresse, il le lui avait dit.
A n’en pas douter, compte tenu du nouveau comportement qu’il avait adopté, elle avait entrevu la possibilité d’une relation peu ordinaire, de ces relations ambigües dont on ne sait où commence le plaisir et la torture.
« Tu parlais de relation tout à l’heure, où veux-tu en venir ?
-Je te veux pour maitresse,
-Tu me veux ? Mais pour qui me prends –tu ? Je ne suis pas de celle qu’on dirige !
-Ecoute, je ne suis pas là pour me disputer, tu m’as rendu dingue cette nuit, ce cul, ton cul …
-Encore mon cul, toujours lui, et à part cela, suis-je une femme intéressante ? »
Il n’avait pas répondu, avait adopté une attitude entre résignation et placidité.
« N’en parlons plus, je me suis trompé !
-Cela ne nous empêche pas de…j’ai envie de toi, là de suite…
-Et moi de toi ! »
Il lui avait arraché son pull et son pantalon, elle s’était laissé malmener par son empressement à vouloir à nouveau la posséder…Mais la passion charnelle l’avait emporté sur le sexe bestial.
Ils s’étaient embrassés à en perdre le souffle, longtemps, effrontément, profondément .Puis ils avaient occulté tout préliminaire. A son tour, elle avait arraché les vêtements de Benoit, avait avec brutalité ouvert le lit et avait entrainé son amant sous les draps avant de les remonter sur leurs corps enlacés, leurs peaux confrontées à une avidité sensorielle et naturelle de se mélanger à nouveau.
Ils n’avaient plus baisé, mais avaient fait l’amour, se couvrant de baisers et de morsures cruelles, leurs bras, leurs jambes mêlées. Puis Ils avaient roulé sous les draps, corps contre corps, peau contre peau, avaient occulté les caresses érogènes, leur esprit concentrés sur un plaisir commun. Un seul désir, s’imbriquer l’un dans l’autre dans la violence d’une étreinte si ce n’était sexuelle, pour le moins amoureusement sensuelle.
Quand leurs corps affamés l’un de l’autre, s’étaient enfin comblés, qu’au bord de la jouissance ils s’étaient retrouvés, Lou, pleine d’initiative, si belle dans son plaisir et la noblesse de sa féminité avait lâché l’étreinte pour mieux concrétiser ces derniers instants de partage passionnel.
Comme une fière amazone des temps moderne, elle avait chevauché Benoit, sur son sexe tendu elle s’était empalée et avait entamé, en cadence, le balancement de son bassin engloutissant la queue de son amant au plus profond d’elle-même, dans un fourreau tiède et humide à souhait.
Benoit, débordé par les mouvances diaboliques, avait eu peine à repousser les limites de sa jouissance .Il avait concentré son regard sur celui de Lou, dont les paupières plissées par le désir et le plaisir lui murmuraient en silence, je vais jouir. Puis il avait suivi, les courbes de ses lignes, ses seins tendus et ronds, puis en dessous son ventre palpitant dont les muscles bandés donnaient toute la démesure de son amazone à vouloir l’éreinter .Tout son corps n’était plus que vagues ondulantes repoussant toujours plus loin les limites de son plaisir. D’orgasmes en orgasmes toujours renouvelés avec la même intensité, assermentés de longues plaintes jouissives toujours plus fortes et intensives, elle avait accompagné Benoit jusqu’à la jouissance suprême.
Au paroxysme de son plaisir, alors qu’en elle, il se vidait de sa semence, elle s’était déversée sur lui en une source tiède et jaillissante en lui ordonnant de la regarder jouir !
Mais le regard de Lou s’était doucement et progressivement clos, au crépuscule de son plaisir, son corps parcouru de violents soubresauts résiduels de son extase orgasmique.
Dans la démesure de sa petite mort, elle s’était enfin allongée sur Benoit éreinté de plaisir, l’avait étreint, tentant en vain d’ajourner l’instant où le sexe de Benoit abandonnerait le sien.
Puis elle s’était levée en silence, s’était enfermée dans la salle de bain.
Le bruit de l’eau s’échappant de la douche avait résonné dans la tête de Benoit, comme un glas, la mort annoncée d’une histoire charnelle.
Lorsqu’elle rouvrait la porte, la chambre était vide, Benoit était parti. C’en était fini de la belle idylle avait-elle songé.
Elle a aujourd’hui le même sentiment, deux ans plus tard, dans les bras de Benoit qui enrobe ses baisers de troublantes promesses, de paroles d’avenir et d’horizon unique. Comment lui avouer que de la vie à deux elle déteste la banalité, la routine qui s’installe, le désir bafoué par les détails lugubres et terre à terre d’une vie aussi ordinaire qu’agitée.
« Restons amants, Benoit, je t’aime d’amour et de luxure, n’allons pas tout foutre en l’air !
-Mais tu me manques tout le temps !
-Tu me manques aussi, mais elle là la clef de notre relation, il n’y a pas d’usure car le manque est présent »
Benoit est dépité, lâche l’étreinte, s'affale comme groggy sur le fauteuil tout proche, allume une cigarette et contemple avec émerveillement, mais soucieux, cette femme diabolique si cruelle dans son intime conviction de la rationalité de son analyse circontancielle.
Ils sont faits l’un pour l’autre, elle le sait, elle n’a jamais connu plus forte complicité, ni un accord aussi parfait de deux corps sensuellement mélangés. Elle est prête à le perdre afin de préserver intacte cette harmonie insolite qui les lie l’un à l’autre, car au delà du charnel, l’amour résistera-t-il au pragmatisme de la vie ?
Elle vit l’instant comme une rupture avant même qu’elle ne soit consommée, un événement stérile, une ineptie, une erreur de la vie ,une situation kafkaïenne !
A suivre...

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