Comme s’il n’avait pas assez bu, Benoit s’était servi une bonne rasade 12 ans d’âge et l’avait ingurgité comme une purge, un peu à la manière des cowboys dans les vieux westerns. Ce n’était pas le meilleur moyen pour se remettre les idées en place, et, par réflexe sûrement il se resservait un nouveau verre de whisky. Il n’eut pas le temps de faire grimper d’un échelon son taux d’alcoolémie, dans l’escalier en colimaçon se profilait déjà l’ombre de la silhouette de Lou. Avec dans la voix un alanguissement facilement attribuable à l’excès de boisson, Benoit s’adressait à son sexe, le réprimandant, le mettant en garde, s’exprimant comme un père à son enfant.
« Et toi, tiens toi tranquille maintenant, tu n’as vraiment aucune éducation, c’est quoi ces nouvelles manières, as-tu envie qu’elle nous renvoie ?
-A qui parles-tu ?
-Non, rien je pensais à voix haute…Tu es…
-Je suis…
-Délicieusement bandante ! »
Lou, pourtant à peine vêtue de son vieux chandail et d’une petite culotte, ses cheveux encore mouillés retenus en chignon par une pince posée dans ses boucles à la va vite, Lou, juste vêtue de peu était resplendissante.
Plus aucune trace de maquillage, une beauté naturelle éclairait son visage encore imprégné des reflets du plaisir qu’elle venait de partager avec Benoit.
Elle prenait place à nouveau sur le tabouret, croisait à nouveau ses jambes, mais de façon plus spontané, peut être, surement plus séduisante. Il retrouvait, dans sa gestuelle et son naturel la femme qui avait attiré son attention à la terrasse d’un café quelques mois auparavant, cette femme qui avait, sans le savoir, chamboulé l’ordinaire de sa vie.
Lou se servait un verre de jus de tomate qu’elle avalait d’un seul trait et machinalement, puis, habillait l’atmosphère de la pièce d’une touche musicale.
Lui ôtant le verre et la télécommande de la chaine des mains, il dépliait les longues cuisses de Lou, d’une tendre caresse, écartait largement ses cuisses et glissait sa silhouette contre le corps de son amante. Ses mains se perdaient sous la tiédeur du pull de laine, se délectaient de la douceur de la peau embaumée qui les accueillait. En femme attentive à la moindre tendresse masculine consécutive au torride d’une étreinte virile, comme une chatte, Lou s’était mise à ronronner, à onduler, à rechercher dans les caresses qui la sondaient, un réconfort, une protection plus qu’une touche sexuelle.
Il préservait ces instants précieux, car pour la première fois il tenait entre ses bras une Lou tendre, naturelle à souhait, juste guidée par ses instincts féminins, presque maternels. Elle était femme dans toute sa splendeur, loin, très loin de la charnelle amoureuse qu’il venait de baiser.
A quand, une nouvelle facette avait-il songé… Il avait connu la séductrice, la coquine, la sensuelle, la rebelle, l’impudique, l’épicurienne, il n’avait même pas à se remémorer tous les aspects de sa personnalité qu’il avait découvert en elle en peu de temps.
Il n’allait pas tarder à le découvrir et de bien fulminante façon. Eut-il négligé un instant que Lou était d’origine latine, il ne l’oublierait plus jamais.
Ses ronronnements de féline allaient soudainement se transformer en feulements furibonds.
Il avait profité d’un souffle plus chaud au creux se son cou, d’une étreinte plus enflammée et raffinée, d’un enlacement tout en tendresse, pour lui glisser le plus diplomatiquement possible à l’oreille ses projets les plus proches…
« Je suis si bien avec toi Benoit
-Justement Lou, je dois partir plus tôt que prévu
-Plus tôt que prévu, ça veut dire quoi
Elle avait élevé le ton et s’était écarté de Benoit brutalement.
-Et bien, demain matin, il faut que je prenne le vol de 10 heures au plus tard…
-Tu te fous de moi là, tu me charries, avoue
-Ecoute Lou, je ne peux faire autrement, ma femme rentre plus tôt que prévu.
-Je suis ta pute, c’est çà, je ne suis qu’une salope que tu baises, rien à foutre de moi. »
Il n’était pas difficile de déceler la colère qui transpirait de son regard dont les reflets ressemblaient à l’éclat d’une arme blanche.
Lou, calme-toi, il y aura d’autres fois, tu le sais…
-Me calmer, je te dis que je suis bien avec toi, et en retour tu m’annonces que tu repars demain. Va te faire foutre Benoit, je croyais que tu valais mieux que cela, je ne t’aime pas et ne t’aimerai jamais, tu ne m’en auras pas laissé le temps…
Pas une larme ne s’échappait de ses yeux, elle était juste en manque de souffle que Benoit tentait de réparer en lui tendant un grand verre d’eau…qu’il prenait en pleine poire en retour, instantanément.
Décontenancé par l’attitude imprévisible de Lou, il avait quitté la pièce, était sorti sur la terrasse, avait allumé une cigarette, la chemise et le pantalon trempés, songeant que Lou se calmerait bien assez tôt.
Toutes griffes dehors, elle forçait la musique à son maximum, enflammait la pièce d’une de ses danses languissantes, ses bras aussi souples que des lianes brassant langoureusement l’air ambiant ou caressant au plus près les courbes de son corps.
A la manière dont elle évoluait les yeux fermés, on pouvait deviner à quel point elle s’était enfermée dans un monde qui n’appartenait qu’à elle, un monde fait de chimères et de notes musicales.
Sa cigarette consumée, Benoit avait bien tenté une intrusion, mais elle ne lui avait prêté aucune attention. Il y aurait préféré des cris, des mots colériques ou pire des insultes, mais elle avait adopté impitoyablement l’ignorance.
Vaincu, il s’apprêtait à monter se coucher lorsqu’elle l’interpellait de bien étonnante façon
« Tu n’aimes pas regarder ton adorable petite pute danser pour toi, je n’ai pas les talents de Salomé, je ne peux pas faire ce que je veux de toi, mais viens, viens embrasse moi »
Il s’était laissé piéger, elle l’avait embrassé puis l’avait mordu au sang avant de le congédier outrageusement et de continuer sa dance diabolique.
« Tu pars immédiatement, je ne veux plus te voir ici, ni jamais »
Il ne s’était pas démonté, l’avait saisie, posée , plutôt emportée sur son épaule comme un tapis,sa mains bien calée sous ses fesses, lui avait claqué le cul pour affirmer son autorité.
Mais c’est bien une furie qu’il avait déposé sur le lit à l’étage, mais une furie qui avait succombé à la virilité et la ténacité d’un amant bien déterminé à faire l’amour à cette mégère qu’il allait apprivoiser de la meilleure façon qui soit jusqu’aux premières lueurs du jour.
Le corps de Lou en tremblait déjà d’émotion, son sexe en vibrait d’exaltation.
L’autorité de Benoit avait eu sur elle l’effet d’un aphrodisiaque et avait signé son addiction à venir.
« Ne me dis pas que tu veux aller dans ces clubs à la mode où tout le monde se partage
-Non, sois ma reine d’un soir, je suis à vos ordres …Madame
-La chambre chinoise… »
Benoit n’a aucune idée de ce qu’est la chambre chinoise

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