Deux corps enchevêtrés s’éveillent lentement dans la douceur du matin. Une chambre anonyme, nid d’amour vite improvisé, accueille leur émergence somnolente après une nuit par trop éreintante de Plaisir.
Elle, plutôt bien faite, un corps moulé dans le satin. Elle s’étire, discrète comme une chatte se réveillant aux aurores, essayant de s’extirper bien sensuellement de ces bras qui l’enserrent comme un trésor vivant.
Elle s’échappe, légère, contemple son apollon entre les rais diffus des lueurs matinales.
Les images se bousculent, les souvenirs prégnants d’une rencontre furtive, la spontanéité d’une attirance aussi sensuelle, qu’animale.
Il est si jeune, si beau, si insouciant qu’il en est troublant d’érotisme encore entortillé dans les draps blancs froissés, sa fesse gauche échappée de la toile de coton, sa jambe virile et musclée, repliée vers son ventre. Son sexe lourd sommeille encore sous les premiers rayons de soleil qui inondent la chambre.
Elle savoure l’instant, les instants se succèdent, et elle reste à le dévisager ainsi, allume sa première cigarette, la dernière du paquet. Ils ont beaucoup baisé, intercalant bulles et volutes de fumée entre leurs moments de plaisirs sans cesse renouvelés.
Plus tôt dans l’après midi, elle l’a suivi, presque instinctivement.
Elle était entrée, au hasard d’une balade citadine, dans une toute petite échoppe, un de ces petits disquaires en voie de disparition, trop rares, à la recherche d’un vieux disque de Janis Joplin.
Il était là, au milieu des vieux tubes ensommeillés, rangeant avec un professionnalisme quasi suranné chacune des nouveautés qu’il venait de recevoir.
Elle affectionne particulièrement ces endroits démodés, comme les vieilles librairies qui fleurent bon le papier et la poussière. Papillonner entre les trop étroites allées, dégoter une vieille œuvre qui ne sera jamais plus éditée, tel est son plaisir, glaner à la recherche de rien et de n’importe quoi.
Ainsi il y a peu de temps, elle a fait l’acquisition d’un vieux bouquin d’Henri De Régnier, joliment illustré, La Pécheresse, un exemplaire numéroté dont les pages n’avaient jamais été effilées.
Ses recherches inopinées l’amènent où ses désirs l’entraînent, mais jamais, au grand jamais, elle n’aurait pensé finir sa journée et une grande partie de la nuit entre les bras d’un amant tombé du ciel.
Il l’a conseillée, très gentiment, a même trouvé l’exemplaire de Janis qu’elle recherchait, mais il l’a aussi désorientée, l’accompagnant dans ses déplacements de bac en bac, sa main nonchalamment posée sur sa taille. Son regard en disait long sur ses pensées pour le moins troublantes. Le temps avait pris des allures de postérité de telle façon que lorsque l’heure de la fermeture de la boutique est arrivée, elle s’est excusé, et, prétextant un soudain rendez-vous, a tenté de s’éclipser.
Mais il l’a retenu, a fermé le magasin, tiré le rideau de fer puis l’a entraîné vers l’arrière boutique.
Erotisée par cette jeune virilité en proie à des désirs, elle n’a opposé aucune résistance, quand sur sa bouche, il a posé un baiser, lorsqu’il il a défait les boutons de son corsage et glissé sa main sur ses seins palpitants. Il les a pétris avec une avidité évidente dans une sorte de pulsion incontrôlable
A cet instant, elle a essayé d’évaluer son âge, trente ans, peut être un peu plus, mais il ne lui a pas laissé le temps d’en trouver la réponse.
« Venez, partons d’ici », elle l’a suivi, oubliant le danger et la différence d’âge.
Tout s‘est accéléré, comme une bande film qui défile trop vite !
Ils se sont engouffrés dans l’hôtel le plus proche.
Sitôt, dans la chambre, il l’a collée contre la porte, posant une main ferme entre ses cuisses, sur le tissu de la jupe, pour affirmer ses convictions de mâle prédateur.
Bien loin d’émettre quelques doutes, elle lui a pourtant donné la réplique de la même façon brutale, glissant sa main sous la toile de jeans ...
Dans l’urgence de ses envies, il s’est déshabillé. Ce garçon devait être un esthète, vu la carrure sculpturale qu’il lui dévoilait, les envies dont il l’honorait n’en étaient que plus excitantes.
Une sensualité exacerbée l’a soudain poussé à se défaire de son corsage, mais lorsqu’elle a tenté d’ôter sa jupe, il a émis un non autoritaire avant de coller sa bouche sur la sienne, murmurant
« Garde ta jupe, tu m’excites ainsi »
Elle a aimé cette rigueur dans ses désirs, elle a aimé ce manque de tact, elle a aimé quand il s’est accroupi pour lui ôter sa lingerie, faisant glisser ses dentelles jusqu’au sol.
Elle a aimé quand il a humé sa culotte comme un trophée de désir.
Elle a aimé, et puis elle s’est abandonnée, entièrement à ses lèvres entre ses cuisses.
Contre la porte, il l’a prise debout, avec la force de sa jeunesse, jusqu’à l’orgasme fort et puissant. Elle a joui , sans retenue, ses ongles plantés dans son dos, puis ,une fois la jouissance retentie, il l’a portée jusque dans le lit ...
C’est seulement à cet instant là qu’il a commencé à l’aimer avec la tendresse d’un amant, la couvrant de baisers humides des pieds à la tête, n’occultant aucune parcelle de sa peau, renouvelant ses plaisirs à chaque initiatique effleurement épidermique.
Les étreintes tantôt charnelles, tantôt câlines se succédaient juste pour son plaisir, repoussant chaque fois plus loin les limites du ravissement. Ce jeune amant, bien loin d’être néophyte en la matière, comme elle aurait pu le supposer, n’avait rien à envier à la plupart de ses soupirants investis de sentiments délictueusement amoureux à son égard.
Ils ont peu parlé, beaucoup, gémi, ils se sont aimés jusqu’au bout de la nuit d’un vorace appétit.
Le temps de brûler sa cigarette, tous les vestiges d’une nuit sans sommeil, resurgissent comme une source de jouvence, lui procurant dans le silence d’une nouvelle journée qui s’éveille, des frissons dilués sur sa peau de chagrin, cette enveloppe formelle d’une femme aux abords du déclin de l’érotisme.
Le temps d’une nuit, il avait su la rendre belle et désirable...
Perdue dans ses pensées, elle le regarde s’étirer, elle le regarde se lever, nu et beau comme un Apollon, elle le regarde s’approcher d’elle pour l’enlacer, mais le repousse ...
« Gardons un souvenir inoubliable de cette rencontre, restons en là »
Il lève la main pour traduire sa compréhension, et cette nouvelle attitude, lui rappelle amèrement qu’il est temps qu’elle s’en aille, il a revêtu son costume de jeune garçon !
Elle ne l’a jamais revu...Elle n’est jamais repassée devant la boutique jusqu’à aujourd’hui, mais sur le mur un écriteau « A vendre » et sous le rideau de fer du courrier amoncelé.
Elle ne connaitra jamais son prénom, mais pour elle, il restera Janis !
© 2008 Mystérieuse












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